Handicapé ou en danger, il faut choisir!

Les « incasables »

Un titre un peu provocateur soit, mais qui reflète la réalité de 70000 enfants selon un rapport du défenseur des droits et la défenseure des enfants produit en 2015.

Nous les connaissons tous ces enfants qu’on dit « incasables », ces enfants qui relèvent à la fois de l’enfance en danger et du handicap.

Pénalisés par le handicap et leur situation sociale d’enfant en danger, ces enfants sont souvent pris en charge de manière morcelée par manque de structure adaptée.  En effet alors même que leur problématique psychique et/ou sociale exigerait une continuité dans leur prise en charge avec une collaboration et une coordination entre le sanitaire, le social et le médico-social, la prise en charge de l’enfant est morcelée en fonction des disponibilités de l’établissement ou du service.

Un morcellement de la prise en charge dans différents lieux, différents temps, avec des manières de travailler différentes.

Souvent ces enfants deviennent les « patates chaudes » des services qui tentent des réorientations vers ce qui leur parait être une meilleure réponse pour l’enfant.

L’institution, malgré toute sa bonne volonté, produit de fait une maltraitance institutionnelle de par son incapacité à répondre aux besoins spécifique de ces enfants.

En 2015, ce rapport faisait état de la situation dramatique de ces enfants handicapés confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) et dénonçait le scandale des « oubliés des systèmes d’information » et des politiques publiques, « victimes de l’incapacité à dépasser les cloisonnements institutionnels, l’empilement des dispositifs et la multiplicité des acteurs.

Les chiffres du rapport font alors état de 70000 enfants confiés à l’ASE ( soit 23 %) porteur d’un handicap.

23 % !!!

Et dans ces chiffres, ne sont pas pris en compte les enfants confiés à l’ASE qui présentent un ou plusieurs troubles psychiques majeurs et qui ne sont pas reconnus handicapés car non répertoriés par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH).

Le défi: la convergence des critères d’évaluation

Le défenseur des droits avait alors préconisé un certain nombre de recommandations dont l’enjeu était de faire converger les critères d’évaluation afin de déceler les spécificités de ces enfants dès leur entrée en protection de l’enfance.

C’est ainsi que le Creai de la région Auvergne-Rhône-Alpes a, par exemple, créé  il y a une dizaine d’années un outil qui permet de prendre en compte les spécificités de ces enfants lors des évaluations.

Les Creai Aquitaine et Île-de-France sont en train de construire un outil qui sera un outil hybride entre le GEVA-Sco (le guide d’évaluation des besoins de compensation en matière de scolarisation) et le guide d’évaluation qui est utilisé dans le cadre du projet pour l’enfant (PPE).

Depuis, des associations gestionnaires, des institutions et des politiques se sont emparés du sujet.

L’Association pour les Droits et l’Accompagnement de l’Enfant à l’Adulte en Rhône-Alpes (ADAEAR) a fait le choix de former depuis 2016 l’ensemble des professionnels à une méthode d’évaluation des situations familiales qui leur donne les clefs pour identifier les besoins des jeunes et leur proposer des solutions adaptées.

Mais les réponses ne se situent pas uniquement dans la convergence des critères d’évaluation tel que le préconise le défenseur des droits et l’harmonisation des pratiques souhaitée par Michèle Créoff vice présidente du Conseil National de la Protection de l’Enfance  qui réclame la création d’un cadre national d’évaluation.

En effet, au delà de la question de l’évaluation, les montages et les logiques financiers sont un obstacle à ces collaborations pourtant souhaitées de part et d’autre.

Vers un mariage de l’éducatif et du social ?

Des initiatives institutionnelles locales.

Depuis quelques temps des volontés, portées de manière institutionnelle et conjointe, voient le jour.

Un internat socio éducatif médicalisé pour adolescents (Isema) a vu le jour en Eure et Loir. Il s’agissait d’un dispositif novateur mis en place en collaboration avec le Conseil Général, l’ARS et la PJJ et qui est sorti de sa phase expérimentale.

Plus récemment, l’ARS (Agence Régionale de Santé) et le Conseil Départemental en région parisienne ont lancé un appel à projets en 2019 pour la création d’un itep  (Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique) ouvert 365 jours avec un financement par la ville de la partie hébergement lors des week-ends et des vacances soit 50 % du coût.

L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes a aussi mis en place une belle initiative sous la forme de quatre équipes mobiles médico-social (dont l’une est pérennisée) afin d’accompagner et de soutenir les professionnels de l’ASE.

Cette volonté de décloisonnement se traduit aussi par la mise en place dans certains départements de commissions pour les cas complexes qui réuniront l’ASE, la MDPH, les ARS, la PJJ ( Protection Judiciaire de la Jeunesse) et l’éducation nationale

Un exemple dans les Pyrénées Atlantiques

L’association le cheval bleu, quant à elle, a créé une structure expérimentale, Le Relais Éducatif et Pédagogique Spécialisé à Visée Thérapeutique EKHI qui accueille des jeunes de 6 à 13 ans le temps d’un répit, d’une reconstruction.

La collaboration entre le secteur sanitaire, social et médico social, au sein de cette structure, permet de renouer avec la continuité de la prise en charge, essentielle pour ces enfants et permet une approche globale de la situation.

Et maintenant ?

Au delà de cette volonté de décloisonnement du social, du sanitaire et du médico social, nous avons à réfléchir ces particularités de situation avec l’émergence à venir de plateformes financées à la prestation et qui pourraient permettre de répondre  à la problématique de ces jeunes qui ont besoin d’une réponse concomitante sur le handicap et la situation de danger dans le cadre de la protection de l’enfance.

Nous avons aussi à penser nos interventions et nos accompagnements en terme de parentalité quand les situations nous confrontent à cette interrogation:

Le handicap majore t-il la maltraitance à la maison?

La maltraitance à la maison majore t-elle le handicap?

Par ailleurs je n’ai pas trouvé d’informations relatives à la situation des « incasables » dans les 5 chantiers de la Conférence Nationale du Handicap.

N’hésitez pas à me faire part de vos réflexions sur le sujet, à le partager.

Je suis aussi preneuse d’informations sur le sujet qui m’auraient échappées.